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«Jean qui pleure et Jean qui rit»*

Si l’expression* tirée du poème de Voltaire évoquait «la versatilité de l’être humain, capable de souffrir de déprime le matin et d’aller festoyer le soir», était valable en 1772, elle reste d’actualité aujourd’hui. Du moins en terme de changement d’humeur. Les réseaux sociaux et Facebook en tête, nous bombardent d’informations à longueur de fil d’actualités. Un fil que nous avons sélectionné en fonction de nos centres d’intérêt et à travers nos « amis » qu’ils soient virtuels ou pas. D’un post à l’autre, d’une émotion à une autre, les consommateurs de l’information ultra-connectés que nous sommes devenus n’ont plus d’emprise sur leurs sentiments. Aujourd’hui, il n’est pas rare d’éprouver une très forte émotion à la lecture d’une actu dramatique et de s’esclaffer à la lecture du post d’après. Voltaire parlait de déprimer le matin et de faire la fête le soir. Entre ces deux états d’âme, il se serait passé quelques heures. Mais sur Facebook, entre la grosse charge d’émotion et le sentiment d’hilarité, il s’est passé le temps de la lecture. A peine quelques secondes. Nous n’avons pas digéré la première info et ce qu’elle véhicule comme joie ou tristesse, que nous passons à un autre état émotionnel complètement different, voire opposé. On serait presque tenté de parler de bipolarité…Et cet état de «versatilité» peut se succéder tout au long de notre fil. Pour peu que le post qui succède à l’info drôle soit triste. Mais rassurez-vous, dans cette galerie de sentiments, il n’y a pas que la peine ou la joie. On peut tour à tour être en colère, indigné, attendri ou choqué. Et du coup subir tous ces sentiments les uns après les autres jusqu’ à devenir indifférent.

Les consommateurs de l’information ultra-connectés que nous sommes devenus sont également ultra-pressés. Facebook a très vitre résolu le problème du temps en mettant à notre disposition des emojis. 845 symboles en tout, si nous souhaitons commenter le post ou illustrer notre propos. Mais pour les plus pressés d’entre nous, il existe une autre option. Il suffit juste de cliquer sur l’un des 6 émoticônes censés résumer notre état d’esprit pour exprimer nos sentiments. Au début, on pouvait «liker» ou «disliker» à l’aide d’un petit pouce bleu . Aujourd’hui on peut aussi «adorer», «rire», afficher un «Wouah», «pleurer» et même oser un «Grrrr» de colère.

Quand Voltaire écrivait : «Il le faut avouer, telle est la vie humaine: chacun a son lutin qui toujours le promène des chagrins aux amusements», il ne pensait certainement pas aux emojis! Ni aux êtres insensibles et indifférents que nous sommes devenus. Malgré nous.

Houda Bouchaib

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